Visite chez les flics en blouse blanche du Laboratoire National de la Police Scientifique le 18/01/2007

       Compte rendu de la visite au LNPS

Aujourd’hui, le 18 janvier, nous avons visité les locaux de la police scientifique à Casablanca.

Il  est 10h  et en compagnie de  M.Ahrida nous arpentons les marches du bloc du LNPS  (Laboratoire National de la Police Scientifique) créé en 1995.

Construit selon les normes internationales, le laboratoire scientifique de police comprend également une chambre froide, une soute semi enterrée où sont emmagasinés des produits chimiques, une salle de scellés, des hottes aspirantes et un système de renouvellement d’air indispensable pour satisfaire les conditions d’hygiène. Le laboratoire dispose également d’une station de messagerie électronique pour communiquer en permanence avec les différents commissariats et départements.

Le travail scientifique et administratif du laboratoire scientifique de police est assuré par une équipe de 35 personnes dont des docteurs en physique chimie et biologie, des techniciens ainsi que des ingénieurs.

Voici par ordre chronologique les dossiers les plus importants traités par le LNPS jusqu’à aujourd’hui:   

                    1)  L’affaire Zouita en 2002

Cette affaire qui s’est passée à Casablanca est celle qui, après les attentats du 16 mai, a le plus mobilisé le laboratoire ; 7cadavres retrouvés coupés en morceaux.    

                    2)  Les attentats du 16mai en 2003

Ces attentats ont ébranlé la capitale économique du Maroc faisant 45 morts et près d’une centaine de blessés ; explosions à la Casa de Espana et à l’Hôtel Farah ainsi que dans un cimetière juif. 

                   3)  Les squelettes de Taroudant le 20 Août 2004

8 squelettes d’enfants ont été retrouvés dans un ravin à Taroudant, les experts ont donc eu recours à l’ADN pour leur identification 

                   4)  Le tueur de Hay Mohammedi en 2005

La victime était une jeune fille dont l’identification a été faite à partir de traces ADN 

Le bloc police scientifique s’étend sur 2500m² divisés en quatre étages.

Le premier correspond au raz de chaussez où se trouve l’accueil et les services de sécurité du bâtiment.  Le deuxième étage correspond au service de toxicologie et stupéfiants ainsi qu’au service chimie, incendie et explosifs.Le service biologie est installé au troisième étage.Le quatrième étage définit les bureaux administratifs et de direction.Pour des raisons de réorganisation, le service balistique s’est installé à Rabat l’an dernier.

La police scientifique intervient pour constater et chercher tous les indices sur les lieux du crime afin de les analyser au labo. Contrairement aux séries policières où l’on aperçoit toujours les experts des laboratoires se déplacer sur les scènes de crime, le LNPS  envoie des techniciens préalablement recrutés pour relever les empreintes mais les grosses affaires telles que les attentats terroristes du 16 mai à Casablanca sont traitées par les experts du laboratoire même.

Nous avons, lors de notre visite au LNPS, découvert les locaux des services biologique, physico-chimique, et explosif.

Ainsi le service biologique est constitué de trois branches : la biochimie, l’immunologie et l’hématologie, les analyses microscopiques.                           Ce service a pour fonction de procéder aux investigations, d’analyser les traces et indices sur les scènes de crime. Ainsi les prélèvements sont faits, la comparaison d’ADN   s’effectue comme dans les films avec le déroulement des empreintes ADN fichées et lorsque 8marqueurs (fragment d’ADN) sont semblables, la certitude sur l’identité de la personne est de 99%. Afin d’atteindre ce degré de certitude plusieurs matériaux sont mis à la disposition des policiers biologistes, par exemples :

   -  Le « vortex » : appareil permettant d’homogénéiser une solution ; ex : le sang.

   -  La centrifugeuse réfrigérée : permet de séparer les phases d’une solution en 2 phases hétérogènes (en bas la phase aqueuse de la solution et en haut la phase plus dense) ; ex: pour séparer le sang de ses divers composants ; la centrifugeuse  effectue d’abord  une rotation  puis un échauffement et enfin un refroidissement.

   -  Le rhésus-cop : permet de reconnaître les groupes sanguins

   -  Le lavophuge : genre de centrifugeuse spécialement conçu pour le sang

Le service biologie de la police scientifique de Casablanca comporte deux secteurs fondamentaux : 

          1_ Analyses microscopiques.  

Les analyses peuvent être grossies de 5000 à 10 000 fois leur taille réelle!  

          2_ Empreintes génétiques.

Après l’amplification génique c'est-à-dire  la réalisation de 1000 copies d’un  fragment de l’ADN  on passe au PCR (Polymerase Chaine Reaction).

Le PCR  consiste à incorporer des marqueurs (fragments d’ADN).

Ainsi après l’amplification on effectue une analyse par électrophorèse (technique de séparation) capillaire qui envoie une charge électrique qui fait ressortir les marqueurs puis l’ordinateur donne le nombre de marqueurs sur chaque brin de l’ADN ce qui est spécifique de chaque individu. Le travail est effectué sur les gènes qui ne s’expriment pas. Les marqueurs ciblent les zones de l’ADN qui ne s’expriment pas car il est illégal de toucher à l’intimité d’une personne même s’il s’agit d’un suspect potentiel. De plus les prélèvements d’empreintes génétiques ne sont autorisés que par l’ordonnance d’un juge.

Le service physique chimie explosive comporte quant à lui 3 volets :  

          1_ Analyse  physico-chimique 

Les rayons infrarouges, la spectrométrie de masse et la chromatographie ioniques sont des techniques très utilisées, notamment lors de perquisition... 

          2_Incendies

-  Ce volet requiert l’intervention d’enquêteurs techniques (équipe d’artificiers, de démineurs accompagnés de chiens policiers) qui tentent de récupérer tous les indices pertinents ainsi que la récolte des témoignages à chaud qui permettront par la suite de déterminer la cause ainsi que les éventuels responsables.

-  Expertises de petites bouteilles de gaz ; environ 40 cas mortels par an.             

          3_Recherche de produits inflammables 

   Exemples de produits : accélérant de feu, dérivée du pétrole…

Ce volet consiste à analyser les substances découvertes sur le terrain et à les interpréter en fonction du lieu d’investigation. 

Cas des attentats du 16mai à Casablanca :

L’analyse physico-chimique des résidus des explosifs a révélé la présence d’un mélange de nitrate d’ammonium et de TATP.                                         Le TATP est une molécule fragile qui contient de l’acétone et de l’eau oxygénée. Il apparut pour la première fois au 19e siècle dans les cirques et il a été « remis en route » par le Hamas. 

De formule chimique  C3H6O + H2O2 --> C9H18O6  , le TATP est une molécule présentant un excès d' atomes oxygène qui forment des zones faibles où la cassure a lieu lors de l’explosion. Le mélange du TATP et du nitrate d'amonium conduit à une réaction lente et thermique et pour l’activer il faut ajouter de l’acide, par exemple l’acide sulfurique.

Une substance explosive est une substance capable de dégager un volume de gaz très important et porté à très haute température ; exemple : explosion du TNT (trinitrotoluène) à3000°C.

Les explosifs organiques sont ceux utilisés par les militaires. On distingue deux types d’explosifs :    

        -les explosifs primaires: très sensibles aux chocs et mouvements (détonateurs, amorces)   

        -les explosifs secondaires: ils ont une onde de choc provoqué par les explosifs primaires, exemple : minéral : chlorate, nitrate… 

Chez Boulikdan, l’un des terroristes responsables de ces attentats, la police scientifique a retrouvé des restes de bouteilles, de réveils, de testeurs, de téléphones portables piégés ainsi qu’un mini laboratoire personnel ce qui montre qu’ils voulaient passer à une étape supérieure.

 Plusieurs techniques sont à la disposition des techniciens du laboratoire pour analyser toutes ces substances. En effet, il y a : 

        -la diffraction des rayons X qui consiste en la mesure du rayon X diffracté émis par la substance analysée ; cette méthode permet de découvrir le mode d’organisation du solide cristallisé mais le défaut de cette méthode est qu’elle ne fonctionne pas pour les molécules amorphes(ex :verre).  

        -le test de solubilité de la substance cristalline 

        -la chromatographie : étude de la migration des tâches. Un appareil prend des photos à l’arrivée des tâches.      

        - la spectrométrie de masse : on envoie du courant électrique qui casse la molécule et on obtient grâce à cela l’empreinte digitale de la molécule. 

Ces méthodes permettent d’identifier les constituants et l’origine de la substance. Ainsi les enquêteurs font les liens entre les différentes affaires rencontrées auparavant et/ou les compare avec elles.

Revenons aux incendies : les techniciens envoyés sur le lieu des investigations placent les prélèvements dans des bocaux de confiture.Une fois au laboratoire, les bocaux sont chauffés à 80°C (température à laquelle les dérivés du pétrole montent en hauteur dans les bocaux, cette température ne doit pas être dépassée car des vapeurs d’eau se formeraient ce qui abîmerait les prélèvements. 

Ces prélèvements subissent ensuite une chromatographie ionique qui consiste en l’analyse de la partie minérale des éventuels explosifs présents (colonne : anion/cation), puis on supprime électroniquement des ions pour ne garder que la substance explosive .Les techniques utilisées dans le laboratoire scientifique sont toutes complémentaires afin d’assurer l’exactitude des analyses.

Le service toxicologie du bloc du LNPS comporte 3divisions:   

       1_Analyse des stupéfiants      

       2_Etroite collaboration avec les médecins légistes 

       3_Recherche des causes de mort suspectes 

Ce service recherche tous les indices possibles au niveau du cœur, du corps, de l’estomac, du sang…

Les policiers recherchent des stupéfiants, des aliments ayant pu causer une intoxication alimentaire à l’exemple du poison.On trouve deux types de stupéfiants :    

        -drogues (poudre huile…), recherches physiques et chimiques   

        -chez le toxicomane (prélèvement biologique)

On distingue également deux causes de l’intoxication alimentaire : 

        - L’une causée par des produits mal conservés, contaminés et qui contiennent des micro-organismes qui vont se développer avec le temps et la température      

        -L’autre, due à une contamination aux produits chimiques (Javel…)

Ainsi pour chaque substance, il existe un test spécifique de reconnaissance.

Dans ce service on remarque bien évidemment l’utilisation d’appareils divers permettant l’identification certaine des différentes substances inconnues amenées dans les prélèvements effectués par les techniciens de terrain.

  Les appareils utilisés :

        -  Le « rotavapor » : permet de séparer les phases (alcool, sang, ex : pour un test d’alcoolémie, le chauffage à 60°C fait évaporer l’alcool avant l’eau).

        -  Le « micro digest » : conduit à une minéralisation de l’échantillon

        -  Le  « liophilisateur » : transforme l’échantillon solide en un échantillon liquide. 

De plus, d’innombrables tests d’identification de drogue sont à disposition des policiers scientifiques du LNPS. 

 Voilà la visite se termine ainsi à 12h15, nous remercions les personnes ayant contribuées à nous aider à obtenir toutes ces informations à savoir : Messieurs Ahrida et Blanc qui nous ont permis d’accéder à la police scientifique avec l’aide de la mère de Nasser.Nous tenons également à remercier Mr. Le Proviseur pour son approbation.                                                                                                    

 

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